Depuis déjà deux mois, la population Ouanamintaise du Nord-Est d’Haïti, semble trouver une entente autour du projet de l’achèvement de la construction d’un canal, commencé il y de cela 8 ans, sur la rivière massacre. Ému par le ce slogan fédérateur ‘’Construire ensemble un canal pour construire la vie’’, d’un jeune Haïtien d’une trentaine d’année, je me dis que les slogans peuvent être porteurs d’énergies pouvant ouvrir la voie à un réveil national. Il est vrai qu’une prise sur canal pourrait être qualifiée à priori d’une action anodine. Toutefois, suite aux décisions prises par le président dominicain, il importe de comprendre que l’administration de Monsieur Abinader ne souhaite pas le développement agricole en Haïti. Il revient désormais aux Haïtiens de profiter de la recrudescence de ce conflit pour changer la qualité des relations haïtiano-dominicaines et unir les haïtiens en vue de parvenir à la construction d’Haïti ?

Depuis déjà deux mois, la population Ouanamintaise du Nord-Est d’Haïti, semble trouver une entente autour du projet de l’achèvement de la construction d’un canal, commencé il y de cela 8 ans, sur la rivière massacre. Ému par le ce slogan fédérateur ‘’Construire ensemble un canal pour construire la vie’’, d’un jeune Haïtien d’une trentaine d’année, je me dis que les slogans peuvent être porteurs d’énergies pouvant ouvrir la voie à un réveil national. Il est vrai qu’une prise sur canal pourrait être qualifiée à priori d’une action anodine. Toutefois, suite aux décisions prises par le président dominicain, il importe de comprendre que l’administration de Monsieur Abinader ne souhaite pas le développement agricole en Haïti. Il revient désormais aux Haïtiens de profiter de la recrudescence de ce conflit pour changer la qualité des relations haïtiano-dominicaines et unir les haïtiens en vue de parvenir à la construction d’Haïti ?

Les faits récents qui ont envenimé la crise

Les planteurs haïtiens de la zone de frontalière ont décidé de relancer les travaux de la première prise sur la rivière massacre dans le seul but d’irriguer 3,000ha de terres à Haut Maribaroux. Rappelons que le nom de cette rivière rend hommage aux ressortissants haïtiens établis dans les villes du Nord-ouest de la République dominicaine qui ont été tués en 1937 á l’arme blanche. Leslie F. Manigat estime le nombre d’Haïtiens tués entre 15.000 à 20.000 ».

Déterminés et animés d’une fierté manifeste, ces planteurs appuyés par les membres de la population et quelques représentants de la Brigade de Surveillance des Airs Protégés (BSAP), ont relancé les travaux sur la rivière malgré les menaces réitérées du gouvernement dominicains. 

Comme les riverains n’ont pas obtempéré, le président dominicain a pris le dossier en main en montant au cerneau jusqu’à obliger l’arrêt immédiat des travaux comme condition sine qua non pour éviter la fermeture de la frontière.  L’Agence France Presse a présenté la grande nouvelle en ces termes :

« Le président dominicain Luis Abinader a annoncé dimanche que la frontière entre les deux pays, fermée depuis le 14 septembre, le restera ainsi jusqu’à ce que les Haïtiens renoncent à leur projet de canal s’approvisionnant dans la rivière du Massacre, qui marque la frontière entre les deux pays ».

A ce sujet, l’expert de l’ONU William O’Neill, qui est mandaté par le Conseil des droits de l’homme mais ne s’exprimait pas en son nom, a exhorté le gouvernement dominicain à reconsidérer sa décision qui aura de graves conséquences sur les populations des deux côtés de la frontière ».  Il importe de noter qu’Haïti dispose officiellement 4 passages officiels avec la République Dominicaine. 1) entre Ouanaminthe et Dajabón ; 2) entre Belladère et Comendador ; 3) entre Fonds-Parisien et Jimaní ; 4) entre Anse-à-Pitres et Pedernales. Parallèlement à ces points, il existe environ soixante-cinq (65) autres points de passage connus mais non règlementés. À côté de ces points officiels (s’ajoutent plus de quatre-vingt-dix-sept (97) autres points de passage clandestins, nous informe Pierre Karly (2021). D’un autre côté,  Redon (2010) a expliqué qu’il existe une frontière poreuse entre les deux pays. L’une des caractéristiques de l’État faible est sa difficulté à contrôler les flux entre le dedans et le dehors et à donner la mesure de l’ouverture de ses frontières. Nous en avons pour preuve, le comportement nonchalant du gouvernement Haïtien par rapport aux provocations du gouvernement dominicain qui a fait une démonstration de forces sur la frontière. Or, le fonctionnement de la frontière est très profitable pour la république dominicaine qui découle sans contrôle, toutes sortes de produits sur le marché haïtien.

Haïti dans cette relation affiche sa caractéristique de pays faible et mal organisé. Corten (2011) a fait mention de la différence flagrante entre les deux pays. De plus, en République dominicaine trois emplois sur cinq ne sont pas déclarés. Et ils sont souvent occupés par cette main-d’œuvre haïtienne bon marché et corvéable à merci. Un sociologue dominicain estime que le travail fourni par les Haïtiens contribue au PIB dominicain à hauteur de 14%. Malgré le discours hostile et les expulsions pratiquées à grande échelle par le président Abinader actuellement en campagne pour sa réélection en 2024, la main-d’œuvre haïtienne demeure vitale pour le développement de la perle des Caraïbes. (Baillard, 2023).

Les Dominicains ont perdu cette bataille

Les dominicains ont reconnu avoir perdu la bataille. Je dirais de préférence cette bataille. Toutefois, la plus grande perte pour les Dominicains est surtout économique. La Presse du mardi 17 octobre 2023 a relaté qu’en 2019, les échanges commerciaux entre la République dominicaine et Haïti ont totalisé 829,8 millions de dollars, selon le ministère de l’Économie. Il est difficile d’estimer le commerce clandestin qui pourrait dépasser de loin les chiffres avancés ici.  La fermeture de la frontière non seulement n’a pas apporté les résultats escomptés, mais a envenimé la tension entre les deux peuples. Cette relation déséquilibrée met face à face, un pays qui s’organise de plus en plus et qui prend au sérieux les relations internationales, le commerce, la migration à un autre, Haïti, qui patauge dans une crise socio-économique et politique dont les principales victimes sont les éléments de la classe moyenne qui deviennent de plus en plus pauvres.

Dans ce conflit apposant les deux pays, le peuple haïtien a gagné au moins 3 batailles sans pour autant gagner la guerre.

  1. Le président dominicain a réouvert la frontière au mépris de sa propre décision.
  2. Les haïtiens ont décidé de ne plus acheter chez les dominicains moyennant le respect de certaines conditions.
  3. Les travaux sur le canal avancent et continuent à mobiliser les haïtiens de partout.

Hommage à la population haïtienne et à celle de Ouamaminte !  Félicitations à la diaspora haïtienne qui appuie cette initiative.  Compliments aux haïtiens qui ont décidé de laisser la république Dominicaine pour rentrer chez eux, malgré la situation délétère. Cependant, la route du développement est encore longue et le chemin est scabreux. Il faut plusieurs kilomètres sur le plan national pour qu’Haïti puisse sortir de l’ornière de la misère et de la spirale de la violence. Et la mobilisation pour la réalisation du canal pourrait servir d’enzyme pour canaliser les forces vives du pays pour refaire la patrie.

Construire un canal aujourd’hui pour la construction du pays  de demain.

Haïti a raté moult occasions pour prendre en main sa destinée. Le départ de Jean Claude Duvalier en février 1986 représentait une occasion favorable, le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 avait mobilisé tous les haïtiens car les projecteurs du monde étaient allumés durant plus de 6 mois sur le pays. Haïti a raté le train du développement. Prise par l’euphorie et par l’immaturité politique, Haïti a régressé durant les 40 dernières années. L’ouvrage de Ricardo Seitenfus livre un puissant témoignage sur le rôle néfaste qu’a joué l’international dans le mal haïtien. Face à la recherche de solutions, Pierre (2010) rapporte à travers GRANH Monde une contribution énorme pour aider à comprendre la complexité de la situation d’Haïti.

Sur le plan de droit international, Haïti n’a pas violé les accords passés avec la République Dominicaine.  Le professeur Louis Naud PIERRE dans son récent article en septembre dernier, rappelle que le 27 mai 2021, les deux pays ont organisé une rencontre formelle de la commission mixte bilatérale à la chancellerie dominicaine à Santo Domingo. À l’issue de la rencontre, la République dominicaine admet que cet ouvrage n’est pas une déviation du cours d’eau, mais un captage qui ne constitue pas une utilisation dommageable de la ressource en eau.  

Haïti doit profiter de ce momentum pour faire de ce canal la première pierre de la construction du pays. Tout développement doit passer d’abord par la construction du citoyen. Il faut décider de prendre la voie de la science et de la conscience dans le but de construire l’HOMME HAITIEN-CITOYEN, imprégné de valeurs patriotiques et morales, indispensables à l’épanouissement d’un peuple. Il faut aussi une VISION partagée et en plus d’une détermination sans borne.

 Conclusion provisoire

Les relations entre Haïti et la République Dominicaine n’ont jamais été faciles. Franco en 1997 a noté que ces relations quotidiennes dans différentes sphères, telles que le voisinage, le travail, l’école ou encore l’espace public témoignent de la discrimination dont font particulièrement l’objet des Haïtiens issus de milieux populaires de la part de la population dominicaine et de l’État dominicain. Haïti république dominicaine : une île pour deux, 1804-1916 (Théodat, 2003). Dans ce livre, il explique que la frontière crée à son tour des interactions fondées sur des complémentarités et de solidarités spéciales nouvelles, nées de la différence.  Les différences nées de cette rupture se sont inscrites géographiquement à une profondeur telle que les systèmes spacieux nés de son inscription ont pu être considérés comme une manifestation anthropologique constante des deux éthos haïtien et dominicain irrémédiablement.

Il revient actuellement de penser à un vaste projet de développement national qui va au-delà d’une simple prise sur une rivière. Il convient à toutes les forces positives pays de se mettre ensemble pour monter une structure solide en vue de lancer la révolution tranquille en Haïti. L’exemple de la détermination que nous venons de donner au monde représente à mes yeux la première pierre pour la construction d’Haïti.

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Quelques références bibliographies

Coten A; (2011). L’État faible. Haïti et République Dominicaine : Haïti et République Dominicaine.  Éditions Mémoire d’encrier.

Franklin F; (1997). Sobre racismo y antihaitianismo (y otros ensayos). Santo Domingo, Librería Vidal.

Jean J-P-K; ( 2021). La République d’Haïti et ses frontières : situation de la frontière terrestre avec la République Dominicaine, Port-au-Prince.

Manigat, L. (2006), op. cit., p. 100.

Pierre S; (2010).  Construction d'une Haïti nouvelle : vision et contribution du GRAHN / sous la dir. Samuel Pierre - Montréal : Presses internationales polytechniques, 2010. - XXVII-617 p. : ill., cartes ; 23 cm. ISBN 978-2-553-01553-3

Redon  M ; (2010). Bulletin de l'Association de Géographes Français  Année 2010  87-3  pp. 308-323

Seitenfus R; (2021). « L'échec de l'aide internationale à Haïti : Dilemmes et égarements (French Edition) Format Kindle. Édition Français  

Théodat J-M; (2003). Haïti République dominicaine : une île pour deux, 1804-1916. Éditions Karthala.

Éducateur  de carriere, Dr Jean-Michel Charles est professeur associé à l’Institut Supérieur des études avancées en Haiti ( STEAH) et membre du Conseil d’Administration de l’Université Providence  d’Haiti et du CREFI. Il travaille sur la question de citoyenneté en l…

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