En Haïti, les choix de carrière sont souvent influencés par les parents. Plusieurs raisons peuvent être évoquées pour expliquer une telle situation. Il y a d’abord la question économique

En Haïti, les choix de carrière sont souvent influencés par les parents. Plusieurs raisons peuvent être évoquées pour expliquer une telle situation. Il y a d’abord la question économique. Le choix professionnel et la capacité d’admission étant limités au sein de l'UEH, les étudiants finissants se retrouvent souvent dans l’obligation de poursuivre leurs études dans des universités privées au coût plutôt onéreux. De nombreux parents à faible niveau économique se voient obligés d’orienter le choix de la formation professionnelle de leurs progénitures vers les facultés publiques.

La concentration des institutions universitaires dans la capitale haïtienne constitue un hic pour  l’enfant ayant terminé son cycle classique qui voudrait intégrer l’université. Ainsi, beaucoup de jeunes provenant de la province se trouvent confrontés au problème du logement quand ils n’ont aucune famille proche à Port-au-Prince.  Face aux coûts parfois très exorbitants du loyer les parents démunis n’ont d’autres choix que de garder leurs enfants au bercail et leur payer des études, souvent de moindre valeur académique, dans des institutions sur place. 

À part cela, nous devons admettre que certains métiers sont plus répandus et plus lucratifs sur le marché du travail que d’autres. Par ailleurs, certaines professions sont considérées comme étant prestigieuses chez nous et donc préférées par les parents. Ces derniers, très entichés d’une catégorie de professions libérales, désirent souvent que leurs enfants deviennent médecins, infirmières, avocats, agronomes, ingénieurs, etc.

Il faut aussi noter ce désir très caractéristique des parents haïtiens qui voudraient toujours que leurs enfants choisissent la même voie qu’eux ou réussissent là où ils ont échoué. Ce faisant, ils espèrent à tout prix réaliser leurs rêves à travers le fruit de leurs entrailles.  

Selon des observateurs du social haïtien, tout ceci n’est pas sans conséquence sur le développement personnel des enfants et celui du pays. Très souvent, on retrouve des professionnels exerçant un métier qu’ils n’aiment pas. Ils le font donc  sans grand intérêt. Ils sont donc malheureux et peu productifs. Dans le domaine de la santé, ceci peut s’avérer dangereux. Les patients pourraient payer les frais de cette frustration. 

D’un autre côté, certaines sphères d’activités, que l'on pourrait qualifier de méprisées, par conséquent se retrouvent négligées. Il se produit alors un déséquilibre dans la balance des professions. Pourtant, elles se valent toutes dans la société où elles devraient chacune jouer leur rôle. Il est plus que difficile parfois de retrouver un mécanicien vraiment compétent pour réparer un véhicule. Un technicien en réfrigération est une denrée rare. Se faire confectionner des habits par un couturier ou une couturière habiles devient presqu'impossible chez nous.  Pour ne citer que ceux-là. 

 Dans les institutions hospitalières, on est parfois obligé de faire appel à des étrangers pour réparer un appareil biomédical tombé en panne par faute d’entretien. Ceci revient à un coût bien plus élevé. Tout récemment, on se demandait où l'on trouverait des professionnels capables de manipuler les respirateurs artificiels dans le cadre de la Covid19. Heureusement que nous nous en tirons assez bien jusqu’à présent. Comme on dit chez nous, « il y a un Dieu pour les malheureux ».

Alors, il serait de bon augure que l’on sensibilise les chefs de ménages sur la nécessité de laisser les jeunes décider de leur choix de vie.

 L’accompagnement et les conseils sont toujours bienvenus dans ces cas-là. Cependant, les parents doivent comprendre qu’il existe des risques a vouloir s’ingérer dans la vie d’un enfant. Accordez aux jeunes le soin de choisir le métier qui leur plait. Haïti est encore un pays vierge, riche en opportunités insoupçonnées. Cela prendra du temps,  gardez espoir et cultivez la patience. Piti piti na va rive. Faites-leur confiance, vos enfants ont autant envie que vous de réussir dans la vie et vous rendre fiers. 

L’Etat aussi a son rôle à jouer dans ce processus en faisant en sorte que la décentralisation cesse d’être un vœu pieux. La décentralisation au niveau de l’éducation et de la formation professionnelle serait salutaire pour le développement du pays en ce sens qu’elle diminuerait le nombre de frustrés parmi les jeunes qui exercent un métier qu’ils n’ont pas désiré et contribuerait largement à la réduction du taux de chômage en élargissant l’accès à la formation professionnelle. 

Vous jeunes, ayez le courage de prendre votre destin en main en essayant d’expliquer à vos responsables la raison de vos choix. Je suis absolument sûre et certaine qu’ils comprendront et vous supporteront dans la voie que vous aurez suivie. Ils ne désirent que votre bonheur.
 

Elizabeth Luvia PIARD naquit en 1998 dans la ville des Cayes. Après ses études primaires à l’Ecole Nationale La Providence des Cayes, elle a intégré le College Frère Odile Joseph pour y faire ses études secondaires. En terminale, elle a été appelée à coordonner les publicatio…

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