Le bourbier dans lequel se trouve Haïti depuis environ quatre décennies semble être comparable à une géhenne dont la souffrance quotidienne, non seulement tue physiquement le peuple mais surtout torture son esprit tout en carbonisant son avenir. La nation haïtienne se dissipe chaque jour dans le feu du désespoir et dans un gouffre amer sans avenir. Pouvons-nous, face un tel drame, parler de perspectives dans ce désordre organisé par un petit groupe de mafieux, où les bourreaux se font souvent passer pour des victimes avec des discours de politiciens décérébrés qui ont perdu leur âme, leur cerveau et aujourd’hui, le peu d’humanité qui faisaient d’eux des bipèdes fréquentables.

Le bourbier dans lequel se trouve Haïti depuis environ quatre décennies semble être comparable à une géhenne dont la souffrance quotidienne, non seulement tue physiquement le peuple mais surtout torture son esprit tout en carbonisant son avenir. La nation haïtienne se dissipe chaque jour dans le feu du désespoir et dans un gouffre amer sans avenir. Pouvons-nous, face un tel drame, parler de perspectives dans ce désordre organisé par un petit groupe de mafieux, où les bourreaux se font souvent passer pour des victimes avec des discours de politiciens décérébrés qui ont perdu leur âme, leur cerveau et aujourd’hui, le peu d’humanité qui faisaient d’eux des bipèdes fréquentables.

Aux yeux des politiciens de notre classe, associés aux oligarques cupides, le peuple est considéré comme un simple pion. A ce sujet, Léo Férré, chanteur français du courant dadaïsme, un mouvement intellectuel, littéraire et artistique du début du xxe siècle, caractérisé notamment, par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques, dans l’une de ses chansons a écrit en 1980 : Ils ont voté, ils voteront, on prend barbiturique. Et ils ont mis la République au fond d’un vase à reposer. Les experts ont analysée ce qu’il y avait au fond du vase. Il n’y avait rien qu’un peu de vase.  L’État d’Haïti avec l’apport de ces hommes et femmes aveuglé.e.s par la corruption, se trouve dans la marde. Il est désormais placé au fond d’un vase nauséabond à tel point que le citoyen ordinaire affirme avec conviction que l’État n’existe pas. Il est vrai que même les hommes et les femmes avisé.e.s pourraient dire autant. Toutefois, en lisant le livre de Roland Paret en 2012 titré ironiquement : « L’État haïtien existe, je l’ai même rencontré…», on comprend mieux les astuces des détracteurs et si l’État existe, comment expliquer son mauvais état?

L’occupation américaine fut la conséquence de l’effondrement de l’État haïtien, écrit Pierre Étienne (2007). Après 111 ans d’indépendance (1804-1915), les élites politiques haïtiennes n’étaient pas parvenues à doter le pays d’un État moderne. En ces sens, l’historienne Suzy Castor se demande : « À quoi aurait conduit la crise de 1915 si elle eut [sic] suivi son évolution naturelle ? À une consolidation du régime féodal ? À une révolution démocratique bourgeoise – comme celle qui s’était développée au Mexique à la même époque qui permettrait à la nation haïtienne d’initier son développement économique ? L’intervention étrangère, en imposant une greffe au corps social haïtien en vint à altérer le développement naturel et tronquer son processus historique. » (Castor, 1988).

Peut-on encore parler de perspectives dans un contexte où les citoyens et les citoyennes doutent de l’existence ou de l’importance de l’État de leur propre pays?

L’État en Haïti est confortable dans le chaos organisé

Contrairement à ce que la pensée logique pourrait croire, l’État en Haïti qui n’est pas l’État des Haïtiens, est bien confortable avec la situation chaotique dans laquelle se trouve le pays. Dans le cas contraire, des mesures seraient prises pour apporter des changements voulus. Paret (2012) nous conseille à pas nous laisser prendre dans ce piège en admettant que l’État est inexistant car les étacides ne définissent même pas l’État dont ils parlent, dont ils constateraient la mort : s’agit-il de l’État Juge, de l’État au-dessus des classes qui veille à la juste distribution des richesses et des charges, de l’État médiateur? s’agit-il au contraire de l’État au service d’une classe sociale qui opprime les autres classes.

De son côté, Hérold Jean François (2017) pose le problème d’ancrage comme étant un déficit à l’État de droit en Haïti. Il mentionne que :

Le dilemme d’Haïti ne vient pas seulement du fait que le plus grand nombre ne se croit pas avoir de statut de citoyen et ne participe pas doublement, par défaut et parce que non armé pour le faire, à la construction de l’État de droit qui rendrait entre autres, toute leur dignité et tous les droits aux exclus. (P.47).

Par rapport à sa programmation et au mépris total pour le peuple haïtien, trop souvent considéré comme la canaille, l’État en Haïti reste assez cohérent, confortable et produit les résultats programmés- garbage in, garbage out (GIGO). La grande question qu’il importe aujourd’hui de poser est de savoir à qui profite cette situation de confusion, qui empoche l’argent du kidnapping, à qui profite l’insécurité chronique, le commerce des organes et les contrebandes?  Les réponses apportées à ces interrogations pourraient nous éclairer sur la nature de l’État en Haïti, véritable structure prédatrice, malveillante et chronophage, mangeur de valeurs au profit d’un petit groupe de pseudo-criminels et d’affairistes qui vivent que dans les eaux troubles. Cette fameuse formule de prison à ciel ouvert que représente Port-au-Prince de 2023, semble donner de bons résultats. La population considérée comme des canards sauvages, ne peut vaquer à ses activités sans se faire agresser ou kidnapper. Les femmes à ce sujet sont doublement victimes de cette situation délétère (Charles, Jean et Lindor, 2022). Dans cette même veine, Oswald Durand a compris que l’indépendance est éphémère sans le droit et l’égalité. Il est impossible même pour un policier armé, de circuler à Port-au-Prince sans inquiétude. Il semblerait que les bandits cruels, lourdement armés sont confortables en agissant en toute quiétude à l’instar de véritables consultants et réserves pour les prochaines fraudes électorales en vue de la prise du pouvoir dans un contexte de tipas kout.

Le chaos est créé et entretenu

Lyonel Trouillet qui suit inlassablement la situation d’Haïti croit que tout citoyen vivant en Haïti est en danger.  Il lançait depuis quelques années un « Appel à la solidarité pour un peuple en danger » sur L’Humanité.fr. Toutefois, on se demande qui va entendre le cri de ce peuple sans défense?

Il faut comprendre que ce chaos n’est une simple improvisation, il n’est pas non plus le fruit du hasard. C’est pour cela qu’il est urgent de poser certaines questions :

  1. Pourquoi les pays amis d’Haïti proposent toujours des hommes sans projets sans convictions et sans sentiments d’appartenance pour diriger cet État ?
  2. Pourquoi les pays dits amis d’Haïti offrent des programmes d’immigration à la jeunesse, pas de bourses d’études ?
  3. Qu’est ce qui explique qu’Haïti, pays voisin des USA a autant de gangs armés, (A qui profite ces millions du kidnapping tirés des pauvres de la classe moyenne ?)
  4. Comment expliquer que les oligarques d’Haïti soient également des diplomates, des représentants de certains pays ?
  5. Pourquoi cette velléité de nos pays amis et de notre voisin de l’Est pour faire rentrer en Haïti une force armée musclée, malgré l’échec piteux des casques bleus en Haïti ?

Il semblerait que le chaos fait l’affaire d’un petit groupe d’apatrides qui a malhonnêtement profité de l’hospitalité et l’humanité du peuple haïtien.

Plusieurs raisons sont énoncées pour expliquer le mal Haïtien, cette fracture qui symbolise un retard considérable sur le plan du développement social économique politique mais contradictoirement une rupture avec un système capitaliste en panne de fonctionnement, incapable d’apporter des reposes aux différents maux du pays. L’avenir du pays est à construire. Cette construction passe indubitablement par la construction d’un nouveau citoyen et d’une nouvelle citoyenne car ces sont les hommes et les femmes qui peuvent apporter les changements dans les sociétés. Pour apporter de éléments de solution à la situation on ne saurait faire économie d’une grande étude scientifique sur la situation.

Il est temps de faire le bilan des quarante dernières années passées dans l’instabilité et l’improvisation.  L’État avec la complicité des oligarques, écartent le peuple dans leur projet, sinon utilisent le peuple pour bâtir ses projets fallacieux. A ce sujet, Sauveur Pierre Étienne explique que la non-intégration des masses populaires et paysannes et la non-rationalisation de la domination politique avaient fait de la légitimité et du consensus entre les élites politiques des notions vides de sens. La violence constituait donc le fondement du système politique haïtien. Or, ne disposant pas d’une armée professionnelle et efficace ni d’une administration publique moderne, l’État haïtien devait perdre le monopole de la contrainte physique légitime et celui de la fiscalité au cours de sa phase de désintégration, conduisant ainsi à une instabilité chronique. La guerre civile, le chaos, l’anarchie, la crise économique, financière et monétaire, structurelle et conjoncturelle, ont conduit à la banqueroute totale et, finalement, à l’effondrement de l’État.

Haïti, à la recherche de leaders

Il nous faut pour l’année 2024 l’émergence de LEADERS intelligents, stratégiques, sérieux et sévères qui respectent les normes du jeu. Haïti a besoin de leaders qui répondent aux besoins du peuple, sans se considérer comme le Roi de la forêt ou un Aprè-Dye (tout puissant) qui se voient de manière narcissiste comme le pic de la Mirandole.

Seul un accord entre les Haïtiens en 2024, pourrait garantir une perspective certaine et un peu de stabilité pour la relance du pays dans la voie de la paix durable et du progrès. Il n’y pas d’autres chemin.  Il faut s’assoir autour d’une table pour : évaluer en profondeur nos problèmes, reconnaitre nos erreurs, nos égarements et nos limites ainsi que nos dérives, nos lacunes, pour enfin prendre ensemble la grande décision de refonder l’ÉTAT sur une base scientifique ou la méritocratie va devenir la toile de fond.

Il faut aller dans le sens de la proposition de Michel (2013) qui partage sa vision d’une autre option crédible pour la gouvernance d’Haïti. Selon lui, pour sortir de l’impasse, il faut une nouvelle élite économique, politique et intellectuelle avec un atout important qui est son tôt considérable de jeunes.

La refondation en profondeur de l’État passe nécessairement passe la science. Dans cette perspective, le professeur Samuel Pierre pousse à bon point la réflexion sur la construction d’une Haïti nouvelle. Il est allé au-delà des théories pour passer à l’action en mettant en place une cité du savoir à travers l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées en Haïti (ISTEAH), fille de GRAHN monde. Questionné par le Nouvelliste en avril 2018, il explique que la réflexion et l’action de GRAHN-Monde sont guidées par les six principes suivants :

1. Justice sociale et participation citoyenne : reconstruire une citoyenneté partagée qui permet à chaque Haïtien de jouir pleinement de ses droits, sans aucune forme de discrimination, tout en assumant pleinement ses devoirs envers la société;

2. Droit et accessibilité aux services de base : reconnaître le droit de tout citoyen à des services de base tels l’éducation, la santé, l’alimentation, l’eau potable, le logement, et entreprendre les actions nécessaires visant à terme l’accessibilité de ces services de base à tous les Haïtiens, sans exclusive;

3. Continuité des actions positives : identifier, valoriser et poursuivre les bonnes initiatives qui ont cours dans le pays, en évitant de faire table rase des expériences édifiantes pour repartir de zéro;

4. Arrimage avec le pays intérieur comme manifestation de la solidarité nationale : prendre en compte les aspirations et les préoccupations de la société civile haïtienne afin de contribuer à la réalisation de celles-ci et de les porter au-devant de la scène internationale;

5. Urgence compatible avec le long terme : régler les problèmes urgents d’aujourd’hui en ayant recours à des solutions intelligentes et responsables qui n’hypothèquent pas l’avenir du pays;

6. Développement durable : privilégier les choix de reconstruction et de développement qui préservent les générations futures.

Chacun de ces points pourrait faire l’objet de débats suite à un bilan critique en vue de trouver les voies et moyens pour sortir Haïti au fond de l’abime tout en comptant sur ses fils et filles vivant tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Références bibliographiques

Castor S. (1988). L’occupation américaine d’Haïti, tr. fr., Port-au-Prince, Henri Deschamps, 1988 (1971), p. 56.

Charles J-M, Jean M et Lindor M. (2022). Les femmes sont doublement victimes de la situation délétère d’Haïti. 9 novembre 20222. www.hpninfo.com

Étienne, S-P. (2007). Les élites politiques et la construction de l’État haïtien : contraintes internes et externes. In L’énigme haïtienne : Échec de l’État moderne en Haïti. Presses de l’Université de Montréal

Ferré, L. (1980). Album La violence et l'ennui (1980 chez La Mémoire et la Mer).

Jean François, H. (2017). Citoyenneté et État de droit en Haïti, Éditions Mediatek, Port-au-Prince, Haïti

Michel, W. (2013).  Une option crédible pour redéfinir Haïti. Édition Ayitim. www.Ayiotim.com. Canada

Paret, R. (2012). titré ironiquement :  L’État haïtien existe, je l’ai même rencontré…,

Pierre, S. (2018). Entretien avec le Nouvelliste Publié le 2018-04-27 | lenouvelliste.com

Éducateur  de carriere, Dr Jean-Michel Charles est professeur associé à l’Institut Supérieur des études avancées en Haiti ( STEAH) et membre du Conseil d’Administration de l’Université Providence  d’Haiti et du CREFI. Il travaille sur la question de citoyenneté en l…

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